Mana, une terre chargée d’histoire

Nous ne pouvons parler de Mana, sans parler d’Anne-Marie Javouhey. Anne-Marie Javouhey est née à Jallenges en Bourgonne, le 10 novembre 1779. En 1798, elle fonde une communauté sous le nom de St-Joseph de Cluny qui sera reconnue officiellement par décret impérial en décembre 1806.

Mais quelles sont les raisons de sa venue en Guyane ?

A l’origine de la création du village de la Nouvelle Angoulême (Mana) se cache un but idéaliste : le remplacement des travailleurs noirs par des colons blancs. Cependant, les nombreuses tentatives d’implantations blanches en Guyane furent des échecs successifs, l’affaire de Kourou leur a laissé de très mauvais souvenirs.

L’expédition de Kourou en 1763 fut l’une des plus grandes tentatives de peuplement par les colons dans l’histoire de la Guyane. Tout commence en 1762, avec Brûletout de Préfontaine qui soumet au duc de Choiseul, ministre de la marine, un projet de colonisation européen en Guyane. L’objectif de Préfontaine était d’envoyer en Guyane une centaine d’européens. Le duc de choiseul voit dans ce projet une excellente opportunité politique et décide d’envoyer quinze mille émigrants volontaires en Guyane. Etienne François de Turgot est nommé gouverneur de la colonie et Jean-Baptiste Thibault de Chanvallon intendant. Le premier convoi quitte Rochefort en Octobre 1763 et arrive en Guyane le 20 décembre 1763. Les autres navires se succéderont : de décembre 1763 à février 1765, environ 9 000 colons débarquent sur l’embouchure de la Sinnamary et du fleuve Kourou. Les terres y sont mal drainées, les quelques cabanes édifiées pour les abriter sont trop petites, des tentes en toile à voile sont dressées à la hâte, l’hygiène déplorable dans une promiscuité forcée insupportable. Les vivres prévus pour les premiers temps sont restés pendant des semaines sur le quai de Cayenne. Le paludisme ne tarde pas à faire des ravages, vite accompagné par la fièvre jaune, la typhoïde et le typhus. La Guyane devient un mouroir. Sur 12 000 immigrants 7 000 auront péri fin 1765. Il y aura 3 000 rapatriés en mauvaise santé et 1 800 resteront, mais il n’y aura que la moitié (900) qui réussira à s’installer définitivement.

L’expédition de Kourou va marquer durablement les esprits des colons.

C’est la raison pour laquelle, la création du village de la Nouvelle Angoulême (Mana) va nécessiter beaucoup de vigilance de leur part. L’administration se montrera très prudente, pas moins de quatre commissions se pencheront sur le projet, plus deux missions exploratoires sur le terrain. Laussat fut chargé de l’étude de la faisabilité du projet. Il resta sceptique quant aux possibilités physiques des colons blancs à travailler dans la colonie. Un voyage de la commission d’exploration, sous la direction de Catineau-Laroche avec des Indiens Galibis, fait établir deux postes sur la Mana. Le fonctionnaire y voit le point de départ d’une future colonie qui pourrait compter 100 000 blancs en dix ans.

Mais l’ombre de Kourou plane toujours, une nouvelle commission avec Barbé-Marbois est lancée pour examiner de nouveau le projet.

Finalement, en juillet 1823, 164 personnes s’installent à la Nouvelle Angoulême. Le nouveau village se doit de prouver la possibilité d’une colonisation strictement européenne. Le nouveau village connaîtra des déboires avec les fièvres et les nombreuses maladies tropicales. Le gouvernement décide soudain de ne plus distribuer de vivre, le village n’en produit pas assez pour être auto-suffisant et dès lors, l’affaire court à sa perte. La nouvelle-Angoulême vit ses derniers jours.

Puis, survient un accord du ministre de la marine, le comte de Charbrol avec une religieuse dénommée, Anne-Marie javouhey. Son projet à pour objectif d’emmener en Guyane 4000 orphelins, des paysans, des artisans, sous contrat de trois ans avec choix de reconduction ou de concession.

Ce projet lui est confié par le ministre qui prend en charge le voyage, l’outillage, les logements, la préparation des terrains et ses frais pendant 18 mois. C’est donc en 1828 qu’Anne-Marie Javouhey vient en Guyane avec l’accord du ministre. A son arrivée, elle défriche les terres et les cultive immédiatement.  Les premiers cultivateurs blancs souffrent de l’exigence de ce métier dans ce pays chaud et rempli de moustiques. Certains abandonnent et demandent à rentrer en France, d’autres meurent de fièvre ou de maladies tropicales. L’établissement d’Anne-Marie Javouhey manquera d’hommes pour mener à bien son projet.

Le peuplement d’une colonisation blanche en Guyane sera un nouvel échec.

Grâce à la loi du 4 mars 1831, la traite négrière sera réprimée. Des mesures dissuasives entreront en actions contre les négriers. Tous les noirs saisis dans des négriers arrêtés à proximité des côtes d’Amérique ou des côtes des Antilles seront envoyés en Guyane. La loi déclarera libre les noirs qui remplissent un engagement de sept ans sur un domaine. En 1835, Anne-Marie Javouhey pourra ainsi recevoir plus de 500 esclaves noirs. Et elle contribuera donc à rendre la liberté à des centaines d’hommes noirs.

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Source : Bernard Montabo, Le grand livre de l’histoire de la Guyane, Volume 1, Des origines à 1848, ORPHIE

Patou

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